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esclaves cardiaques des étoiles (arsène)

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> MESSAGES : 88

> PSEUDO : la métamorphose d'hermès.

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MessageSujet: esclaves cardiaques des étoiles (arsène) Ven 1 Juin - 19:18

esclaves cardiaques des étoiles
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arsène
Les trois étoiles sur la façade du restaurant brillent plus que les timides lumières célestes ce soir. L’établissement doit être discret, coincé entre deux hôtels bien plus étoilés qu’il ne l’est, mais aux yeux de Candide, c’est la façade qui illumine la totalité de la ville. Il fixe les hautes lumières de l’enseigne jusqu’à en être aveuglé, son cœur lui remontant dans la gorge – qu’est-ce qu’il est en train de faire, putain ? C’est la première fois qu’il rencontre un de ses clients, même régulier. C’est pourtant bien spécifié dans leur contrat que l’entreprise décline toute responsabilité en cas de rencontre physique entre les clients et les employés. Mais bien entendu, faut que Candide soit assez con pour ne pas prendre ça en compte. Il s’est rapidement dit qu’après tout, cet Arsène avait l’air parfaitement digne de confiance. Il mentirait s’il osait affirmer qu’il ne ressentait pas une attraction assez inédite pour lui. Sa façon de s’exprimer si distinguée, sa voix fine, affirmée, posée – il en faut pas plus pour faire tomber le jeune homme dans les filets de quelqu’un. Il l’a vu qu’une fois, Arsène, une seule et unique fois sur l’image brouillée d’une webcam. Il le trouve beau. Il sait pas s’il y a d’autres mots, une formule plus complexe pour décrire la façon dont il le perçoit, mais il finit toujours par se rendre à l’évidence – la sobriété est la meilleure façon de rendre compte de ce sentiment violent et inattendu qu’il l’a frappé dans le ventre la première fois qu’il a vu son visage apparaître à l’écran. Il le trouve beau. Le voir, c’est un privilège qui lui a été octroyé à partir du moment où il a accepté son invitation à le rencontrer. Pour qu’il puisse le repérer ou pour le rassurer (les raisons n’ont pas été clairement énoncées) et Candide n’avait appris son prénom que peu de temps avant. Depuis, il ne cesse de le répéter. Arsène. Arsène. Arsène. Le littéraire du nom lui plaît, les connotations de culture et d’originalité, la brutalité qui se mêle à la préciosité, et il s’en veut terriblement, pendant un moment, de n’avoir à lui révéler qu’un nom banal, sans intérêt, vieilli, détesté de celui qui le porte. Claude. Il s’est préparé – à la moindre grimace de mépris de son locuteur, il sortira les références littéraires à son tour. Si il peut se réclamer d’Arsène Lupin, lui invoquera le grand, le passionné Claude Frollo. Il estime qu’après tout, il n’est une intrigue basée sur la déchirure entre foi et passion qui ne fasse frémir un intellectuel. Et Arsène a tout l’air d’un être un, d’intellectuel.
Il souffle, ferme les yeux, se dit pendant un moment qu’il ferait mieux de rentrer, de demander à un de ses colocataires de l’emmener boire pour lui faire oublier sa propre lâcheté. Mais pour une fois, Candide prend ses couilles en main et monte dignement les marches du restaurant. Pour se donner du courage, il se compare à un empereur romain montant vers le trône. L’analogie n’est cependant pas la meilleure, étant donné que le raisonnement l’amène à conclure que Jules César a très certainement monté avec cette même confiance les marches du Sénat le jour des Ides de Mars. Il ne peut que déglutir à présent, plus faire demi-tour, car le voilà entré dans le restaurant. La lumière est chaude, les bruits feutrés, et les mouvements de chaque convive semble être codé par une distinction qui ne dit pas son nom. Mais Candide n’a pas le temps de détailler les attitudes de chacun, car son regard se pose immédiatement sur un invité en particulier. Il est là, et on ne voit que lui. Princier, altier, fier, et Candide s’en veut presque de s’être comparé à un César juste avant, car il est très clair que l’Empereur est déjà assis sur son trône. Tout chez lui empeste la richesse et l’élégance la plus pure, la plus authentique, un raffinement dont on l’a abreuvé au biberon – le même dont on a nourri Candide durant sa jeunesse. Ou non. Il se rend à l’évidence qui se présente à lui : il a devant lui l’allégorie la plus parfaite de l’aristocratie, quelque chose qu’il n’aurait jamais pu être, ni lui, ni ses bourges de parents.
C’est Arsène. Cela ne fait aucun doute. Il reconnaît la finesse de ses traits qui crevaient même l’écran à travers la mauvaise résolution de la webcam, ses yeux durs qu’il ne relève qu’occasionnellement, l’arrogance qui émane de lui. C’est lui. Candide prend une grande inspiration, s’apprêtant réellement à entrer en apnée, et s’avance vers la table. Naturel. Confiant. N’aies pas l’air d’un gamin. Un homme comme ça ne voudra jamais toucher un enfant.
—  Je suppose que vous êtes celui pour lequel je suis venu.
Sa voix est basse, son sourire n’est que très léger, presque imperceptible. La discrétion, c’est presque un réflexe dans ce milieu. Ne pas dire son nom à voix haute – du moins pas tout de suite, ne pas se faire remarquer, ne pas agir comme une cyberpute, surtout. Candide est déjà bien assez humilié par sa position comme cela – le seul échappatoire qui lui reste, c’est d’agir comme un escort de luxe. Histoire de donner un tant soit peu de valeur à sa personne, à sa dignité. Il s’assoit assez vite, sans attendre de confirmation de la part de son locuteur – rester debout trop longtemps face à quelqu’un d’installé est la meilleure façon de s’attirer l’attention importune du public.
—  Pardonnez-moi d’aller si rapidement au but mais -… Vous ne m’avez toujours pas dit quelle est la raison de cette rencontre.


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MessageSujet: Re: esclaves cardiaques des étoiles (arsène) Sam 2 Juin - 2:17

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Candide
C’était le genre à ne pouvoir être que français. Dans ce restaurant chic de la métropole se pressaient trop de touristes, débarqués de mille continents, un long mélange de langue s’aventuraient à travers les murs au liseré rouge de la pièce. Mais cet homme à la mâchoire marquée, assit avec les jambes croisées et avec un air tranquillement froid sur le visage, lui, ne pouvait qu’être français. Cela n’avait rien à voir avec la modernité, il avait plutôt quelque chose d’archaïque, une genre de posture d’entant, digne d’un Talleyrand farceur. Ce genre de type capable de venir en culotte et bas montants même après que la révolution ait détruit toute l’aristocratie française. Même après que sa tête eut risqué l’échafaud. L’étrange figure digne de l’ancien ayant traversé le temps pour régner en maître sur le présent. D’Arsène De Bergerac se dégageait une froideur palpable, marquant sa mâchoire ciselée et ses grands yeux d’acier, perçant la pièce comme ceux d’un aigle. Tranquille, au moins d’apparence, et ne laissant rien paraître, il avait simplement demandé un verre de whisky qui lui servait d’apéritif, décorant un peu cette table trop vide sur laquelle trônait des couverts en argent, reflétant encore le regard de l’autre. En vérité, il était un peu nerveux. Toute sa vie il avait joué de tactique. Il osait la comparer à une sorte d’immense partie d’échec dans laquelle il avançait ses pions avec soins. Jusqu’ici, il était toujours parvenu à l’échec-et-mat tant désiré. Rien ne lui avait jamais résisté : ni les femmes, ni les études, ni les lettres, ni même la politique. Il avait gravi les échelons sans jamais accorder le moindre mépris d’un regard en arrière, dans un dédain plus fort encore, il n’avait pour les feignants que le plus grand dégoût. Tout ce qu’il avait jamais voulu atteindre, il l’avait fait. Pourtant ce soir là, il prenait de gros risques. Le genre de risque inutile que prend l’enfant qui découvre à peine les échecs, le genre d’erreur que même son fils ainé ne fait plus. Ce fauve au regard lustré se risquait aux cornes de sa proie, mais pourquoi ? Pour quelque chose de si banal. Le genre d’obsession dont il pensait être revenu. Le genre de rage qu’il pensait enterré avec son immaturité, perdue elle aussi bien trop tôt. Tout-à-fait pour une histoire de corps, celle qui rongeait les plus faibles, celle qui abrutissait jusqu’au plus grand intellectuel. Pourtant la peau blanche du brun le réclamait depuis des mois, c’était devenu quelque chose de pressé, un genre de manque qui l’en réveillait la nuit. Le corps d’un simple gamin, le genre aperçu trop de fois en vidéo, le genre qui se trouve partout aujourd’hui. Pourtant c’était celui là qu’Arsène voulait, cette peau de nacre et la ligne de ses omoplates, la courbe d’une croupe et le profil qu’il avait lorsqu’il tournait légèrement la tête vers la droite. Cette description là, pas une seule autre: c’était sa Zephora à lui. C’était son talon d’Achille, et il était condamné.



Il n’arrivait toujours pas à croire qu’il avait donné rendez-vous à cet inconnu. Au fond il ne savait que trop peu de choses de lui. Impossible que de ne pas s’inquiéter, de ne pas grogner. Le seul mouvement d’un pion pourrait suffire à lui faire entièrement perdre la partie. Et ça, en grand joueur, Arsène ne pouvait l’accepter. Quelque chose du joueur en lui le poussait à agir, ce genre d’amour du risque qui le perdrait un jour, sans aucun doute. « Vous êtes en retard. » Il lâcha de sa voix grave, dans la froideur la plus totale, relevant pourtant ses grands yeux acier vers les siens, en reposant doucement son verre de whisky sur la table. Le gosse n’avait pas triché. Il était exactement comme il l’avait imaginé, retrouvait tout ce qu’il avait aimé. C’était une évidence. C’était encore plus douloureux encore, ce déchirement terrible entre deux pôles. Celui du dégoût de lui même, lui qui allait jusqu’à se trainer dans la boue parce qu’il avait vu en une créature, l’image parfaite d’un Botticelli. Cependant, il alla jusqu’à y ramper, puisqu’il le laissa s’asseoir en se redressant un peu, prenant une inspiration. « Chaque chose en son temps, voulez vous ? » Il poursuivit toujours avec la même aisance. « Bonsoir Monsieur Mermoz. » Lâcha-t-il finalement dans un sourire en coin, après un petit silence durant lequel il avait terminé son whisky, relevant ses yeux presque gris vers les siens. « J’ose espérer que l’endroit vous plait. Je crois que j’aurais été fort déçu que vous ne le remarquiez pas. Mais en vue de la manière dont vous avez délicatement noué votre foulard, je suppose que vous mesurez l’atmosphère d’un tel lieux. » Il reposa son verre avec un petit sourire sarcastique en coin, dévoilant toute une partie de sa personnalité railleuse. Il appela le serveur d’une main libre, discrète, laissant le plus jeune choisir ce qu’il voulait en commandant une bouteille de vin. Lorsqu’on lui apporta le dit breuvage, il y glissa ses lèvres avec une telle délicatesse, avant de le reposer : « Parfait. » Et il reposa son attention sur le héros voltairien, le regardant de haut en bas, sans le quitter des yeux. Et ces grandes pupilles de fauves semblaient savoir lire à travers les âmes.


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arsène — certes, c'est là aussi une construction qui grandit et s'amoncelle en spirales sans fin ; là aussi il y a confusion des langues, activité incessante, labeur infatigable, concours acharné de l'humanité tout entière, refuge promis à l'intelligence contre un nouveau déluge.
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MessageSujet: Re: esclaves cardiaques des étoiles (arsène) Sam 2 Juin - 20:57

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arsène
Fascination. Il y a quelque chose en Arsène qui ne semble pas humain. Il est au-dessus, à un niveau supra -… supra. Pas d’adjectif à faire suivre, parce qu’il semble être au-delà de tout. Il y a, dans l’âme, un nécessaire temps de latence, le risque de l’aléa. Pas ici. La bouche de Candide s’assèche alors qu’il se répète ; pas chez lui. Ses yeux suivent chacun de ses mouvements, dans l’attente lancinante d’une hésitation, d’un tremblement. D’un vacillement qui ne vient pas, qui ne vient jamais. Il inspire, se rend compte qu’il est fasciné par l’attitude de l’homme qui siège en face de lui. Dès les premiers mots, ce jugement, sec, intransigeant, définitif – vous êtes en retard. Sa susceptibilité, habituellement si vive, n’est prise que d’un frémissement, parce qu’écrasée par le torrent de sentiments qui le submergent. Candide, Candide l’insolent, Candide le sarcastique, il se retrouve à baisser les yeux comme un gosse face au blâme, pourtant ô combien bref de son interlocuteur. Il veut pas être dompté si rapidement, il veut pas prouver au plus âgé qu’il se résume bel et bien à sa pute (rien que le terme lui fait se mordre la joue – horrible, humiliant). Mais il y a, dans la dominance, la supériorité d’Arsène, une évidence qui le déstabilise. Il pourra pas l’impressionner, ou avoir l’air aussi distingué, aussi intelligent que lui – il réalise cette vérité avec un grincement de dents. Pour se sentir capable, ne serait-ce que de lui accrocher la manche, il va devoir se battre, Candide, réfléchir à chacun de ses mots, à chacun de ses gestes, à chacune de ses inspirations et aux sonorités de ses phrases. Le défi lui tord l’estomac un instant, puis, il le relève.
—  Chaque chose en son temps, voulez-vous ? Bonsoir Monsieur Mermoz.
C’est le schéma classique d’un roman moderniste – lui, il est trop jeune, trop dans le mouvement vers l’avant, dans la précipitation la plus nocive et la plus passionnée. Il se maudit pour cela. Parce qu’Arsène, en face, c’est l’expérience de l’âge qui le dessine sur le papier – ses élans, les mouvements de ses passions, il les modère. Ou peut-être pas. Candide se corrige intérieurement – de toute évidence, cet homme sombre tout autant dans le vice que lui. Autrement, il ne serait pas là, rien de tout cela ne serait en train de se passer. Seulement, dans sa chute, il assertit une dominance que personne ne peut contester, il donne l’impression d’être maître de sa propre déchéance. Et, l’espace d’un bref moment, perdu entre les murmures des couverts et les cris de son admiration, il se demande si son interlocuteur a réellement la main mise sur tout ce qu’il se passe en ce moment. Pourquoi un homme comme lui viendrait se perdre dans de lascives débauches, dans l’étreinte passionnée d’un camboy découvert sur un obscur site internet ? Le costume qu’il porte ce soir là vaut certainement plus que le loyer annuel de Candide. Il peut avoir n’importe quel corps, n’importe quelle âme. Pourquoi lui ? Il inspire, crispe un peu ses doigts – se dit que maintenant n’est pas le moment de se poser des questions. Il gère mal le doute, il sait pas se poser des questions tout en répondant à d’autres. Alors il chasse ces interrogations perverses de son esprit, les glisse sous un tapis illusoire et reprend un semblant d’assurance. Il ne prend pas la peine de répondre à sa précédente invective. Lui, préfère étudier le personnage avant de prendre la parole. S’il ne peut avoir la main haute, au moins ne se fera-t-il pas piétiner. Il sait qu’il est capable de lui tenir tête, de le regarder dans les yeux en lui répondant et de minimiser ses propres faux pas. Il est assez intelligent pour ça. Candide, il a toujours eu le don de la survie. Et sa survie, ici, elle dépend de l’homme en face de lui. Il sait qu’il peut l’atteindre, qu’il peut l’avoir, ne serait-ce que le temps d’une nuit. L’échec serait retentissant, poignant, fatal. Il ne peut se contenter que de la victoire.
Au serveur, il commande une vodka Belvedere – de toute évidence, ce ne sont pas ces soixante euros qui manqueront à Arsène, s’il peut se permettre d’en mettre cent dans une cravate. Candide, il se laisse le temps pour lui répondre, faisant mine d’être occupé avec sa commande. Dans sa tête, l’attitude à adopter est encore floue. Finalement, alors que le serveur repart, il jette son dévolu sur un naturel modéré. Il ne peut jouer la distinction – Arsène fait de toute évidence bien trop partie de la haute société, il saura reconnaître les codes bourgeois, rouillés, oubliés de Candide. Lui, il sait se débrouiller avec les mots. Il sait s’exprimer. Il jouera sur ça. Sur son attitude désinvolte – celle qui a apparemment charmé le plus vieux à travers l’écran d’un ordinateur – mêlée à son élégance d’artiste (certes, bien moins céleste que celle d’Arsène, et tellement plus juvénile, mais peut-être plus immaculée aussi).
—  C’est seulement que vous dégagiez quelque chose, cette fois où je vous ai vu. J’pourrai pas mettre de mot sur ça. Mais vous trouver autre part que dans un établissement étoilé m’aurait donné la même impression que de trouver un soupçon de baroque dans une toile d’Antoine Benoist.
Il inspire, fait glisser ses mots sur le bout de sa langue, contracte les mots – et n’oublie pas le nom d’un peintre connu, mais trop non plus. L’argument d’autorité qui vient conclure sa phrase, afin de lui rappeler que s’il est le mistral juvénile dont il a besoin, coincé dans l’aridité de la bienséance des hautes sphères, il n’est pas pour autant un enfant de la rue inculte et sans éducation aucune.
—  Mais je contaste que je n’me suis pas trompé, à votre égard. Peu d’hommes s’arrêteraient ainsi sur la façon de nouer un foulard.
Il ne le dit pas, mais il est content qu’il l’ait souligné. Le foulard qu’il porte autour du cou – un authentique Hermès, une des rares choses qu’il a rapportées de Trois-Rivières – cet accessoire, quelques billets et beaucoup de rancœur. Au moins, il aura servi à quelque chose, qu’il pense, un léger sourire se dessinant sur ses lèvres. Alors qu’il se perd dans ses pensées, le serveur apporte le vin commandé par Arsène, ainsi que son propre verre. Mais en fin de compte, Candide, il ne peut même pas se concentrer sur le liquide translucide, épais, cristallin que le serveur pose devant lui – il est bien trop transporté par le vin qui vient toucher les lèvres de son interlocuteur. Il observe les reflets rouges danser sur ses lèvres alors qu’il ne fait que les tremper. Il observe la satisfaction sur son visage. Il observe, et dans une vision presque biblique, se demande s’il boirait son sang avec autant de délicatesse qu’il boit ce vin. Il inspire, se racle la gorge – la contenance. Il faut qu’il reprenne une quelconque contenance.
—  Il y a deux raisons pour lesquelles les hommes vous invitent les garçons comme moi dans ce genre d’endroit.
Il insiste sur le hiatus entre eux deux. Dans toute cette situation, il peut sentir que c’est ce ravin insurmontable qui les sépare qui est la cause de sa présence ici – il ne sait pas si c’est quelque chose de bon, ou de mauvais cependant.
—  Ca peut être pour ajouter à la poésie d’un meurtre ignoble et ignoré de tous. Ou ça peut être pour acheter quelque chose.
Il appuie son menton sur sa main, le détaille un moment. Ses yeux dans les siens, l’intensité, l’insistance. Son ventre chauffe et entrouvre les lèvres pour inspirer un filet d’air avant sa prochaine réplique.
—  J’dois avouer que je ne sais pas trop quoi penser de vous, encore.


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MessageSujet: Re: esclaves cardiaques des étoiles (arsène) Dim 3 Juin - 23:40

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Candide
Il a l’allure d’un gosse avec ses cheveux trop longs et ses tatouages plein les bras. Le plus vieux les devine d’un simple trait dépassant de sa manche. En une seconde, il l’a déjà observé de haut en bas et rien n’a échappé à ses yeux de vipère qui s’engouffrent jusque le long de ses doigts. Le lent morceau de jazz qui emprunte la pièce les plonge chacun dans la contemplation de l’autre, l’être inconnu seulement aperçu dans une métaphore pixellisée, jusqu’ici surtout fantasmé, comme pour perpétuer le mythe. Ils jouent de cette brume les environnant, elle leur permet de se montrer sur leur meilleur jour. Arsène manie le mystère depuis toujours, c’est avec cette froideur tirant sur l’énigme qu’il perce ses proies, les charme pour mieux les dévorer. C’est aussi comme cela qu’il a charmé tout Paris jusqu’à un Racine endormi depuis des siècles, dont il manie les quasi vers comme Cyrano manie son épée. C’est un match presque gagné d’avance, presque cependant, parce que les mains tenant les ficelles ont en vérité la tremblote. Parce qu’Arsène joue beaucoup trop ce soir, parce que c’est une partie de poker qui peut tourner en assassinat s’il ne fait ne serait-ce qu’un mauvais mouvement. Cet homme au corps de diable, il ne le connaît pas. Le présent lui échappe toujours un peu, surtout devant les nouvelles générations qu’il pensait jusque là toujours réduire en cendre. Il n’y a jamais eu de compétition du plus jeune chez Arsène, il ne s’est jamais senti aussi menacé que ce soir. Et cela, c’est bien parce que ce soir là, il ne joue pas sur son propre terrain. Il joue sur la longue pente glissante de ce qu’il n’a jamais osé explorer jusque lors, sur cette lointaine terre inconnue où ne lui semblait se trainer que la fange et les maudits. Pourtant il s’y engouffre, prudemment peut-être, mais il s’y engouffre quand même et c’est plus fort que lui. Ça l’obsède, depuis des mois déjà. Ça vacille jusque dans le trivial pantalon, tout part de là, d’un corps et de pulsion, d’un corps, du sien, d’images sales et tout à fait artistiques cependant. Un genre de muse moderne, le diable au corps. Alors il le voit bien le gosse, en train de se tordre un peu pour rivaliser dans ce combat de coqs. Même le ton de sa voix semble être gainé de peur que de racler. Le garçon doit avoir l’expérience des hommes, il doit en avoir vu défiler. Est-ce qu’il ressort pour autant cette même référence à Benoist à chaque rendez-vous ? Cette fois, un sourire amusé échappe à son interlocuteur, qui lâche un léger rire grave, tout-à-fait maîtrisé comme toujours, sans aucune fausse note. « Il semblerait que vous ayez plus de références que votre passe-temps veut bien laisser le croire. » À vrai dire cela ne lui déplait pas. Il a toujours eu une certaine réticence pour les gens idiots, aussi beaux pouvaient-ils être. Il y avait quelque chose de rebutant dans cette incohérence entre beauté corporelle et celle de l’âme. Et Arsène était de ceux qui aimaient qu’on lui lise du Boileau après l’amour. « Je suis ravi d’apprendre que je ne vous ai pas déçu, dans ce cas. » Il repose doucement son verre de vin, et avec une agilité folle, vient servir leurs deux coupes tout en l’écoutant parler. Ses yeux bleus se promènent d’ailleurs le long de sa bouche mouvante, et sans le lâcher du regard, il porte à la sienne son verre, jetant de nouveau un œil au dit foulard. La provenance du textile n’a évidement aucun secret pour lui. Arsène n’a que mépris pour la mode, il reste un classique dans l’âme et ne jure que par le velours côtelé de ses costumes, mais on reconnaît trop facilement l’intemporelle patte d’Hermès sans même les détails du -H. 

Mais le gosse poursuit, insistant encore maintenant que le serveur a disparu et qu’il ne reste à leur table un peu à l’écart, que leurs deux silhouettes droites et pourtant penchées l’une sur l’autre. Les deux propositions qu’il envisage ont le mérite d’amuser le plus ancien, et ce n’est pas chose aisée. Au moins Candide a un peu de répondant. Il retient d’ailleurs le joli tour de passe passe qui ressemble presque à une figure de style de Candide pour échapper au terme de camboy. Alors il repose son verre, inspirant un peu. « Et alors, n’avez vous pas peur ? Vous savez ce que l’ont dit, il faut se méfier des hommes les plus propres sur eux. Vous avez l’air d’être parfaitement conscient du danger que vous prenez en acceptant l’invitation d’un inconnu au restaurant. » Il fait en désignant l’argenterie. « J’ignore si dans notre cas, nous pourrions parler de crime passionnel. ». Il lâche d’un air faussement ailleurs, ne pouvant s’en empêcher, dans un petit sourire en coin. Mais rapidement, il prend l’expression nouvelle tout à fait exagérée d’un mélange de surprise et de naïveté. Il pose ses mains immenses l’une sur l’autre, se dresse d’un air ravissant sur ses coudes et pose son menton sur le dos de la main la plus au dessus, fixant son interlocuteur. « À acheter n’est-ce pas. Qu’avez vous à vendre, monsieur Mermoz ? » Et il a un léger rictus presque pervers, appuyant son propos. Pas celui de l’odieux dragueur de l’abri de bus, pas celui d’un Roméo fou amoureux de sa Juliette, non, celui du véritable don juan qu’il est, celui qui crée dans ses yeux clairs un léger éclat délicieux. « Je sais que vous le savez et c’est cela que je veux acheter ce soir. » Il lâche alors en se redressant, tout à fait sûr de lui, croisant ses jambes interminables sous la table. « Le tout est donc de discuter de son prix, ainsi que de celui de votre silence, évidement. » Il fait d’un air plus froid tout à coup, perdant légèrement de son sourire pour lever lentement un sourcil brun. Arsène magne les mots comme personne et c’est ce qui fait de lui le parfait homme d’affaire. Seulement ce soir ce n’est pas des parts qu’il achète, mais un corps.


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MessageSujet: Re: esclaves cardiaques des étoiles (arsène) Mer 6 Juin - 21:50

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Candide boit son verre avec presque autant de délice qu’il ne boit les paroles d’Arsène. Il y a, dans les intonations maîtrisées et vibrantes de ses phrases, quelque chose qui l’attire, le fascine – et ses yeux sombres de se plonger dans le gris de ses iris. Lui, il aime se prétendre de la génération bohème, d’une idéologie aux tendances communistes pour l’égalité de tous, mais les effluves amers du vin s’entremêlant sensuellement aux beaux mots de son interlocuteur lui font se sentir pousser des ailes. Ce sont les caresses du luxe et de l’or qui le bercent et édulcorent ses fougues juvéniles, ses idéaux humanistes. Soudain, plus rien n’existe que le poids du regard d’Arsène sur lui et la caresse du vin sur ses lèvres alors qu’il les trempe dans le liquide bordeaux. L’espace d’un instant, il comprend l’indifférence des hautes sphères face à la misère du monde ; comment peut-on penser aux malheurs de la destitution quand tant d’étincelles viennent distraire le regard ? Il inspire, s’arrache à sa contemplation momentanée des reflets sanguins qui dansent sur la table alors qu’Arsène reprend la parole. Il inspire en l’entendant, fronce un peu le nez.
Il semblerait que vous ayez plus de références que votre passe-temps veut bien le laisser croire.
Il tique, perd un peu d’assurance, mais s’y attendait. Le temps de s’humidifier les lèvres, de prendre son verre pour s’occuper les mains, et il est de nouveau à cheval. Cette lueur insolente qui illumine son regard s’allume de nouveau peu à peu. Il refuse de se plier si facilement à la nécessaire stigmatisation qu’implique son métier – la façon dont il se sont rencontrés. Il est plus qu’un corps sur un écran d’ordinateur, croit en sa propre valeur et veut l’étaler aux yeux de son aîné. Il est la fougue et la passion et la fraîcheur et la liberté et tout ce dont Arsène a besoin. Il le sait, en est certain. Il ne veut pas s’offusquer et ne le fera pas – si le plus âgé veut le voir comme un simple camboy, libre à lui. Lorsqu’il s’offrira à lui (parce que Candide est certain que cela finira par arriver, ça ne peut pas se passer autrement), lorsqu’il se perdra dans son étreinte et qu’Arsène se butera à la douloureuse réalisation qu’il se donne au feu de la passion d’une cyber-pute, alors ce ne sera plus son problème. Alors Candide se laisse retomber un peu en arrière dans sa chaise, ses doigts fins traçant de délicates arabesques sur la nappe immaculée.
Avoir de la culture, c’est utile avec les hommes. En général, ils sont conquis à la première évocation de Picasso et se mette à durcir dès que je mentionne Mozart.
Le brun redevient muet un instant, mais ses lèvres entrouvertes, son regard baissé vers ses propres doigts dans un désintérêt feint laissent entendre qu’il n’a pas fini de parler. Il prend son temps. Pas nécessairement pour le faire languir, mais bien plutôt pour profiter pleinement de ce moment. Il ne veut pas se précipiter, s’échapper de ce divin entre-deux, idéalement situé entre l’incommodité des premiers instants et l’intensité du désir pleinement avoué et assumé. Enfin, il se repenche sur la table, légèrement appuyée sur celle-ci, dans une attitude volontairement désinvolte.
Mais mon petit doigt me dit que j’aurais besoin de vous citer des noms plus obscurs pour vous charmer, je me trompe ?
Il se passe un doigt sur les lèvres, plus pour occuper ses mains qu’autre chose. Candide est un artiste, il a besoin de garder ses membres dans un mouvement constant, de toucher, de créer, de modeler. Et il sait très bien ce qu’il a envie de toucher, actuellement, n’est retenu que par la bienséance attendue durant ce genre de rencontre. Néanmoins, il ne se prive pas de quelques numéros de charme – fait glisser son index le long de sa lèvre inférieure. Il sent la pulpe de celle-ci se plier sous la pression de sa main, sa bouche s’entrouvrir légèrement. Et en même temps, il observe Arsène lui répondre avec cette répartie délicate et tranchante dont il fait preuve depuis le début du repas. Il l’observe manier ses mots avec autant d’agilité que lui manie son corps. Un sourire en coin étire ses lèvres alors qu’il le met en garde contre ses potentielles envies assassines, et baissant les yeux, il laisse échapper un rire discret, presque aussi fin qu’un murmure articulé en un souffle.
Oh, vous seriez bien trop bon si vous daigniez faire passer ça pour un crime passionnel. Il prend un air faussement implorant, arque ses sourcils dans l’espoir d’adoucir ses yeux éternellement désinvoltes. Si je dois être l’escorte affreusement assassiné, alors ayez au moins l’obligeance de m’offrir une sépulture digne de ce nom. Que les émissions criminelles de la nuit se passionnent pour mon cas et que les romanciers de gare en face des best-sellers.
Il termine sa phrase avec un léger sourire et sur une intonation où la vibration de l’ambition se fait entendre. Il ne plaisante qu’à moitié et on peut le sentir – Candide aspire à un destin tragique, secrètement, un destin digne de Nerval se pendant à une grille ou de Rimbaud s’éteignant dans la fleur de l’âge et au paroxysme de sa fougue aventurière. Il veut que son ascension, sa gloire, sa chute, son agonie émeuvent les foules et les arts. Etrangement, il voit en Arsène, cet homme digne, surement capable de batailler avec princes et rois au nom de sa propre fierté, ce prélude à la pièce de sa vie. D’autant plus que ses yeux se posent naturellement sur l’or qui lui à son doigt – il arque un sourcil, est pris d’un petit rire discret. Un homme marié. Il a à faire un homme définitivement marié. L’absence d’éthique chez Candide l’empêche de s’effrayer de cette menotte à son annuaire. Cela ne fera qu’ajouter au baroque de leur future liaison – car cela ne fait maintenant aucun doute, il y en aura une. Il sourit, ses yeux s’illuminent quelque peu, alors qu’il reprend la parole pour répondre au désormais objet de ses désirs.
Tout d’abord, je tiens à mettre les points sur les i, monsieur : Je ne suis pas un gigolo. Encore moins un sac à foutre, comme on appelle ça si joliment. Je ne suis pas ici dans l’attente de la grosse liasse que vous me jetterez après vous être satisfait de mon corps. D’ailleurs, soyons francs ; je ne serais pas ici si vous ne m’attiriez pas autant.
Il inspire, satisfait de sa propre révélation, et appuie son menton sur sa main, sans le lâcher une seule seconde du regard. La fibre mercantile d’Arsène se ressent, et le plus jeune sait qu’il profitera du moindre relâchement de sa part pour assertir sa dominance dans le pacte qu’ils passent actuellement. Mais si Candide doit vendre son corps, alors il tient à l’envelopper dans quelque dignité assez luisante pour distraire les yeux de son acheteur de la bassesse de cet acte.
Je veux une liaison, monsieur.
Il attend quelques secondes, espérant que ça demande ne semblera pas être un rocher lancé au milieu d’une mare. Il a conscience de l’insolence naïve dont il fait preuve ici, mais il est déterminé.
Je pense pouvoir être un bon amant, et vous feriez une bonne affaire. J’ai un semblant de culture, je peux m’intéresser à ce que vous racontez et suivre, et je suis exceptionnel entre les draps, m’a-t-on dit. D’autant plus que mon silence est d’or. Personne n’aura vent de tout cela. Que ce soit votre femme… Il baisse ses yeux amusés vers son alliance, avant de les remonter vers lui. Ou quiconque résidant dans les limites de cette ville – que dis-je ? De ce pays.


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( it's quiet uptown )
et je suis ici, en parcours, en attente, en suspension, en déplacement, hors-jeu, hors vie, provisoire, pratiquement absent, pour ainsi dire pas là


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esclaves cardiaques des étoiles (arsène)
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